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Vivrons-nous plus longtemps que nos ancêtres ?

Au cours des dernières décennies, l’espérance de vie a augmenté de façon spectaculaire dans le monde entier. Une personne née en 1960 pouvait s’attendre à vivre jusqu’à 52,5 ans en moyenne. Aujourd’hui, la moyenne est de 72.

En France, cette tendance est encore plus marquée : en 1841, on s’attendait à ce qu’une petite fille ne vive que jusqu’à 42 ans, un garçon jusqu’à 40 ans. En 2019, une petite fille en France peut espérer atteindre 85,4 ans et un petit garçon 79,5 ans.

La conclusion naturelle est que les miracles de la médecine moderne et les initiatives de santé publique nous ont aidés à vivre plus longtemps que jamais auparavant, à tel point que nous pourrions, en réalité, être à court d’innovations pour prolonger la vie.

Néanmoins, depuis quelques années l’espérance de vie en France a cessé d’augmenter. Au-delà de la France, l’augmentation de l’espérance de vie ralentit à l’échelle mondiale.

Cette croyance que notre espèce pourrait avoir atteint le sommet de sa longévité est également renforcée par certains mythes concernant nos ancêtres : il est souvent dit que les Grecs ou les Romains de l’Antiquité auraient été sidérés de voir des personnes âgées de plus de 50 ou 60 ans, par exemple.

En réalité, bien que les progrès de la médecine aient amélioré de nombreux aspects des soins de santé, l’hypothèse selon laquelle la durée de vie humaine a augmenté de façon spectaculaire au fil des siècles ou des millénaires est trompeuse.

Dans les faits, l’espérance de vie à l’échelle mondiale a surtout augmenté grâce à la réduction de la mortalité infantile (celle qui concerne les bébés de moins d’un an).

Il existe une distinction fondamentale entre l’espérance de vie et la durée de vie. L’espérance de vie est une moyenne. Si une famille a deux enfants et que l’un meurt avant son premier anniversaire mais que l’autre vit jusqu’à l’âge de 70 ans, l’espérance de vie moyenne entre les deux enfants est de 35 ans.

Cette moyenne est la raison pour laquelle on dit souvent que les Grecs et les Romains de l’Antiquité, par exemple, ne vivaient que jusqu’à 30 ou 35 ans, mais était-ce vraiment le cas pour les personnes qui ont survécu à la période fragile de l’enfance ? Et cela signifiait-il qu’une personne de 35 ans était vraiment considérée comme “vieille” ?

D’après les écrits de l’époque, cela ne semblait pas être le cas. Au début du VIIe siècle av. J.-C., le poète grec Hesiod écrivait qu’un homme devait se marier vers 30 ans.

Pendant ce temps, le “cursus honorum” de la Rome antique (le cursus à suivre pour accéder à certaines fonctions politiques) ne permettait même pas à un jeune homme de se présenter à sa première fonction, celle de questeur, avant l’âge de 30 ans (sous l’empereur Auguste, il fut ensuite ramené à 25 ; Auguste lui-même mourut à 75 ans).

Au Ier siècle, Pline a consacré un chapitre entier de son encyclopédie “L’Histoire Naturelle” aux gens qui ont vécu le plus longtemps. Parmi eux, il cite le consul M. Valerius Corvinos (100 ans), l’épouse de Cicéron, Terentia (103), une femme nommée Clodia (115 ans et qui a eu 15 enfants en chemin), et l’actrice Lucceia qui a joué sur scène à 100 ans.

Il semble donc que dans le monde antique, du moins, des personnes aient pu vivre aussi longtemps qu’aujourd’hui mais à quel point était-ce courant ?

L’espérance de vie à l’époque romaine

En 1994, une étude menée au Royaume-Uni a examiné tous les hommes inscrits dans le “Classical Dictionary” d’Oxford qui vivaient dans la Grèce antique ou à Rome.

Sur un total de 397 hommes qui vivaient dans la Grèce antique ou à Rome, 99 sont morts violemment par meurtre, suicide ou au combat.

Pour les 298 autres, ceux nés avant l’an 100 av. J.-C. vivaient jusqu’à un âge médian de 72 ans alors que ceux nés après l’an 100 av. J.-C. vivaient jusqu’à l’âge médian de 66 ans (les auteurs supposent que la généralisation du plomb peut avoir entraîné ce raccourcissement apparent de la durée de vie).

Voici maintenant la médiane des hommes du Classical Dictionnary qui sont morts entre 1850 et 1949 : 71 ans, soit à peine un an de moins que leur ancêtres qui vivaient 100 ans av J.-C.

Bien sûr, il y a quelques problèmes évidents avec cet échantillon. Le premier est qu’il porte exclusivement sur les hommes. L’autre est que tous les hommes inscrits dans le Classical Dictionary d’Oxford étaient assez illustres pour qu’on se souvienne d’eux.

Tout ce que nous pouvons en retirer, c’est que les hommes reconnus et accomplis ont, en moyenne, vécu à peu près au même âge tout au long de l’histoire tant qu’ils ne mourraient pas au combat, lors d’un meurtre, ou par suicide.

Néanmoins, selon certains historiens, il y avait une énorme différence entre le mode de vie d’un romain pauvre et celui de l’élite romaine. Les conditions de vie, l’accès aux thérapies médicales, même à l’hygiène : tout cela était certainement plus accessible chez les élites de l’époque.

En 2016, une étude a été publiée sur plus de 2 000 squelettes romains anciens, tous des ouvriers enterrés dans des fosses communes. L’âge moyen de la mort était de 30 ans, et ce n’était pas une simple bizarrerie statistique : un grand nombre de squelettes se situaient autour de cet âge.

Beaucoup ont montré les effets des traumatismes causés par les travaux forcés, ainsi que les maladies que nous associons à des âges plus avancés, comme l’arthrite.

Il se peut que les hommes aient subi de nombreuses blessures à la suite d’un travail manuel ou du service militaire mais les femmes (qui, il faut le souligner, ont aussi fait des travaux pénibles, comme travailler dans les champs) ne s’en sont pas mieux sorties.

Tout au long de l’histoire, l’accouchement, souvent dans de mauvaises conditions d’hygiène, n’est qu’une des raisons pour lesquelles les femmes ont été particulièrement exposées pendant leurs années fertiles. Même la grossesse elle-même était un danger.

Nous savons, par exemple, que le fait d’être enceinte a des effets néfastes sur le système immunitaire de la maman, parce qu’une autre personne grandit en elle. Les femmes enceintes ont donc tendance à être d’avantage sensible aux maladies.

C’est pourquoi, par exemple, la tuberculose est très dangereuse durant la grossesse et cela explique aussi pourquoi la tuberculose était une maladie dont la mortalité était plus élevée chez les femmes que chez les hommes.

L’accouchement a également été aggravé par d’autres facteurs. Les femmes étaient souvent moins bien nourries que les hommes. Cette malnutrition signifie que les jeunes filles avaient souvent un développement incomplet des os pelviens, ce qui augmentait le risque de complication lors de l’accouchement.

L’espérance de vie des femmes romaines a pu augmenter avec le déclin de la fécondité. Plus la population était fertile, plus l’espérance de vie des femmes était faible.

Les personnes disparues

La difficulté de savoir avec certitude combien de temps nos ancêtres ont vécu, qu’ils soient de l’époque romaine ou préhistorique, est le manque de données.

Lorsque les anthropologues tentent par exemple de déterminer l’âge moyen de la mort des Romains, ils se fondent souvent sur les résultats des recensements de l’Égypte romaine mais puisque ces papyrus étaient utilisés pour collecter les impôts, les romains ont souvent sous-déclaré les membres de leur famille (dont de nombreux bébés et femmes).

Les inscriptions sur les pierres tombales, laissées par milliers par les Romains, sont une autre source exploitable mais les nourrissons étaient rarement placés dans des tombes, les pauvres n’en avaient pas les moyens et les familles qui mouraient simultanément, par exemple lors d’une épidémie, étaient également exclues.

Par conséquent, une grande partie de ce que nous pensons savoir sur l’espérance de vie de la Rome antique provient de statistiques sur l’espérance de vie dans des sociétés comparables.

Ces statistiques nous disent que jusqu’à un tiers des nourrissons sont morts avant l’âge d’un an, et la moitié des enfants avant l’âge de 10 ans. Après cet âge, l’espérance de vie était nettement améliorée. Si une personne atteignait 60 ans, elle pouvait vivre probablement jusqu’à 70 ans.

Dans l’ensemble, la durée de vie dans la Rome antique n’était probablement pas très différente de celle d’aujourd’hui.

Bien sûr, si vous étiez un nourrisson, une femme en âge de procréer ou une travailleuse acharnée, vous feriez beaucoup mieux de choisir de vivre de nos jours plutôt qu’à l’époque romaine mais cela ne signifie pas pour autant que notre espérance de vie s’est depuis considérablement amélioré en tant qu’espèce.

Ce que nous disent les données à ce jour

Les données ont commencé à s’améliorer plus tard dans l’histoire de l’humanité lorsque les gouvernements commencèrent à tenir des registres minutieux des naissances, des mariages et des décès.

Ces données montrent que la mortalité infantile est restée élevée durant la quasi totalité de l’histoire humaine mais si un homme atteignait l’âge de 21 ans et ne mourait pas par accident, meurtre ou suicide, on pouvait s’attendre à ce qu’il vive presque aussi longtemps que les hommes d’aujourd’hui : de 1200 à 1745, les jeunes hommes ayant passé leur 21 ans atteignaient un âge moyen compris entre 62 et 70 ans (sauf au 14e siècle lorsque la peste bubonique a réduit l’espérance de vie à 45 ans).

Avoir de l’argent ou du pouvoir a-t-il pu aider à vivre plus longtemps ? Pas toujours. Une analyse de quelque 115 000 nobles européens a révélé que les rois vivaient environ six ans de moins que les petits nobles, comme les chevaliers.

Les historiens de la démographie ont découvert en examinant les registres paroissiaux des comtés en Angleterre au XVIIe siècle que l’espérance de vie des villageois était plus longue que celle des nobles.

Les familles aristocratiques en Angleterre possédaient les moyens d’obtenir toutes sortes d’avantages matériels et de services personnels, mais l’espérance de vie à la naissance au sein de l’aristocratie semble avoir pris du retard sur celle de la population dans son ensemble jusqu’au XVIIIe siècle.

C’était probablement parce que les familles aristocratiques avaient tendance à préférer vivre la majeure partie de l’année dans les villes, où elles étaient exposées à plus de maladies.

Il est intéressant de noter que lorsque la révolution de la médecine a eut lieu, elle a aidé les élites avant le reste de la population. Vers la fin du XVIIe siècle, les nobles français et anglais qui ont atteint l’âge de 25 ans ont vécu plus longtemps que leurs homologues non nobles (même s’ils ont continué à vivre dans les villes les plus à risque).

Beaucoup d’historiens soutiennent que si nous pensons que nous vivons plus longtemps que jamais aujourd’hui, c’est parce que la plupart de nos données remontent à 1900 environ, ce qu’ils appellent une “base de référence trompeuse”, étant donné que c’était une époque où la nutrition avait diminué et où de nombreux hommes avaient commencé à fumer.

Les peuples préhistoriques

Qu’en est-il si nous regardons encore plus en arrière, avant même que des données ne soient tenus ?

Bien qu’il soit évidemment difficile de recueillir ce genre de données, les anthropologues ont tenté de les remplacer en examinant les groupes de chasseurs-cueilleurs d’aujourd’hui, comme les Aché du Paraguay et les Hadza de Tanzanie.

Ils ont constaté que si la probabilité de survie d’un nouveau-né jusqu’à l’âge de 15 ans varie entre 55 % pour un garçon Hadza et 71 % pour un garçon Ache, une fois que l’individu a survécu jusque-là, il peut s’attendre à vivre entre 51 et 58 ans.

Si l’espérance de vie moyenne à la naissance varie de 30 à 37 ans, les femmes qui survivent jusqu’à 45 ans peuvent s’attendre à vivre de 20 à 22 ans de plus, c’est-à-dire de 65 à 67 ans.

Conclusion

Notre durée de vie maximale n’a peut-être pas beaucoup changé, voire pas du tout mais il ne s’agit pas ici de délégitimer les progrès extraordinaires des dernières décennies qui ont permis à un plus grand nombre de personnes de ne pas mourir en bas-âge et de mener une vie plus saine en général.

C’est peut-être la raison pour laquelle, lorsqu’on demande à des anthropologues et historiens à quelle époque ils souhaiteraient vivre s’ils avaient le choix, la plupart d’entre eux reconnaissent qu’ils préféreraient vivre à notre époque actuelle.

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